Projet financé par une AAP Scientifique de la Cité du Genre pour une durée de deux ans (2026-2027)
Porteuses du projet: Stéphanie Chapuis-Després et Anne Légier
Participantes: Anaïs Albert (Université Paris Cité), Anne Kwaschik (Universität Konstanz), Léonie Lauvaux (chercheuse indépendante), Darcy Roake (Tulane University)
Axes du projet:
- Les silences du corps
- Le corps comme lieu d’archives
- Les objets du corps
Le projet « Les archives prennent corps : histoire, genre, matérialité » se propose d’examiner, par le prisme du genre, les liens entre corps et archives. En partant de terrains de recherche en Amérique du Nord et en Europe, il a pour ambition de construire une histoire croisée des corps, au-delà des frontières, sur une période allant du XVIe siècle à nos jours. Pour ce faire, il explore des questions méthodologiques et épistémologiques : Quels sont les supports qui permettent de saisir la réalité tangible des corps du passé ? Quels sont les enjeux particuliers liés au fait que les corps ont une matérialité qui n’est que partiellement consignée dans les documents d’archives traditionnels ? Comment relater l’histoire intime, secrète, banale, violente ou joyeuse que les femmes et les hommes du passé ont vécue dans leur chair ? En somme, comment brosser le portrait des corps qui ne sont plus ?
La réflexion portera dans un premier temps sur les absences et les silences eux-mêmes : les évidences du passé, les non-dits, les éléments cachés. L’histoire de l’avortement, par exemple, a été façonnée par le secret ; elle n’apparait donc que de manière partielle dans les archives officielles et surgit dans les interstices. Sur un registre bien différent, l’histoire du plaisir a, elle aussi, largement été celle d’une expérience discrète qui la rend difficile à appréhender. Dans une perspective plus large, les ressentis, les émotions, certains détails banals d’un rapport au corps quotidien, ne sont pas nécessairement mentionnés, que ce soit par pudeur, par discrétion, en raison de tabous ou simplement parce qu’ils apparaissent comme trop communs pour avoir besoin d’être évoqués.
Dans un second temps, le projet examinera comment le corps lui-même peut être conçu comme un lieu d’archives. Il existe en effet des expériences individuelles et collectives, comme celle de la violence ou encore de la maternité, qui n’ont pas de réalité matérielle en dehors des corps. Les corps peuvent ainsi porter des traces, des cicatrices qui enseignent sur leur propre passé et sur l’histoire de la société dans laquelle ils ont évolué. Leur allure, leur apparence peuvent également être lues comme des sources historiques. Il s’agira ici de réfléchir à la manière d’interpréter les indices laissés dans et sur les corps.
Dans une perspective d’histoire matérielle, il sera enfin fait appel aux objets associés aux corps, tels que les instruments chirurgicaux ou les ustensiles de soin corporel. Compléments essentiels aux archives écrites et aux représentations iconographiques, les objets peuvent en effet renseigner sur les pratiques et usages d’une époque ou d’une culture et dessiner en filigrane la matérialité des corps qui ne sont plus.