3 questions à Ladan Niayesh (UPCité, ECHELLES) et Sebastian Sobecki (University of Toronto) sur le projet conjoint UPCité/Toronto « Reorienting Female Mobility in the Early Global World »

Quel a été le point de départ de ce projet ?

Ladan : L’histoire des « grands voyages de découverte » de nos manuels scolaires a trop longtemps été une épopée masculine et Eurocentrée. De Colomb à Vespucci, et de Magellan à Drake, ces figures héroïsées avaient pour point commun d’avoir posé les jalons des grands empires européens et des compagnies commerciales qui ont façonné la mondialisation de l’époque moderne. Les femmes et les voyageurs non-Européens étaient les oublié.es de ce récit, et nous avons voulu contribuer à combler cette lacune en abordant les archives sous cet angle trop longtemps négligé.

Sebastian : L’idée s’est imposée à nous en marge du travail sur le Cambridge Guide to Global Medieval Travel Writing que j’éditais et auquel Ladan contribuait le chapitre sur les récits de voyage persans. Au fil des chapitres de ce volume qui faisait une large place aux récits extra-européens, on découvrait des figures féminines et une vraie spécificité du voyage au féminin à travers les siècles. Depuis les mariées royales qui scellaient les alliances entre les domaines politiques aux pèlerines qui transitaient par des circuits dédiés, aux esclaves et aux nomades qui développaient des réseaux d’entre-aide, voire d’influence, au féminin, elles étaient partout en marge des récits d’hommes et parfois, elles avaient même laissé des écrits et des traces matérielles à elles. C’est cette somme qu’on a voulu recenser et à laquelle on a voulu donner une voix avec ce projet.

Quel soutien avez-vous obtenu et que comptez-vous faire pour ce projet ?

Ladan : Pour ce projet conjoint UPCité/Toronto, on a obtenu des financements pour des mobilités de recherche et des initiatives pédagogiques sur trois semestres. Ces moyens nous permettent de monter un prototype de base de données pour référencer les voyageuses globales sur le Moyen Âge tardif et le début de la période moderne, et coupler cela à des enseignements impliquant les étudiants dans l’une et l’autre institution. On conjugue nos expertises en initiant nos étudiants à la recherche en archive sur des périodes anciennes, et on les forme à travail collaboratif avec la tenue d’un blog et la préparation de posters en vue d’une exposition conjointe dans les deux institutions.

Sebastian : Je me suis déjà rendu à Paris pour un premier échange avec les étudiants et les collègues d’UPCité autour du projet de base de données dont on a conçu un premier gabarit. Je reviendrai au printemps pour intervenir au séminaire de master 2 de Ladan, « Frontiers of Literature 2 : Global Female Mobility », labellisé par la Cité du Genre d’UPCité. Ladan viendra en retour à Toronto pour un masterclass pour nos étudiants undergraduate et postgraduate au semestre 3 du projet.

Quelles suites voyez-vous pour ce projet ?

Ladan : On espère une montée en gamme de la base de données, en y joignant une carte interactive (discussions en cours avec Geoteca à cet effet) et en mettant en place un réseau de chercheurs au-delà des disciplines et des langues que nous représentons. Le projet est parti de collègues issus de départements d’études médiévales et renaissantes, où les langues et les cultures européennes sont sur-représentées. Mais on a commencé à étendre le réseau avec des contacts à l’INALCO, qu’on espère poursuivre, et en associant progressivement aussi au projet nos réseaux de recherche des deux côtés de l’Atlantique.

Sebastian : On est également ouverts à la perspective de cotutelles de thèse si nos enseignements de master en rapport avec le projet suscitent des vocations, et on a plusieurs propositions de publication à l’internationale et des initiatives de vulgarisation en vue.

Suivre l’actualité du projet sur le carnet Hypothèses : https://mhma.hypotheses.org/category/re-orienting-female-mobility

 Ladan Niayesh est professeure à Université Paris Cité, spécialisée notamment sur la littérature de voyage au XVIème et XVIIème siècles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Sebastian Sobecki est Professeur de littérature anglaise du Moyen Âge à l’Université de Toronto.