Repenser la peste; approches environnementales et interspécifiques

 

L’ouvrage Peste noire de Patrick Boucheron ne propose pas seulement une nouvelle lecture d’un épisode majeur de l’histoire médiévale : il opère un déplacement plus profond dans notre manière de construire les objets des sciences sociales. En mobilisant les apports de la génomique, de la paléoanthropologie et des sciences de l’environnement, il invite à reconfigurer les cadres à partir desquels la peste a été pensée – qu’il s’agisse de ses temporalités, de ses espaces ou de ses modes de transmission. Le but de cette journée d’étude est de déployer le type d’articulation disciplinaire proposé par Patrick Boucheron.

En effet, selon l’historien, les données de la génomique sont à la fois théoriquement inévitables et politiquement bienvenues : ainsi, en montrant que les squelettes découverts en Angleterre appartenaient à des individus à la peau noire ou que les tombes des guerriers vikings étaient en réalité des tombes de guerrières, « la paléogénomique s’attache méthodiquement à décevoir ses anciens dévots, suprémacistes blancs, masculinistes et brexiters » (p. 63).

L’ouvrage en appelle donc à une interdisciplinarité sereine : loin de « remplacer » les sciences sociales, les sciences naturelles apparaissent plutôt comme une occasion de remettre en question certaines évidences historiographiques, telles que le rôle exclusif du rat dans la diffusion de la maladie ou le centrage européen du récit. Patrick Boucheron invite alors à « une histoire naturelle de la peste noire qui ne soit ni naturaliste ni historiciste, mais écrite après la nature et après l’histoire » (p. 68). La peste apparaît alors moins comme un événement strictement humain que comme un phénomène situé à l’intersection de multiples formes de vie et de milieux. À partir de ce cas, cette journée d’étude entend interroger plus largement les effets de l’intégration des sciences du vivant dans les sciences sociales. Que fait aux disciplines historiques, anthropologiques ou philosophiques l’usage de données génétiques ou environnementales ? Comment articuler des régimes de preuve, des échelles d’analyse et des formes de causalité hétérogènes ? Et dans quelle mesure ces approches transforment-elles les catégories mêmes avec lesquelles nous pensons les phénomènes sociaux et historiques ? Il ne s’agira donc pas seulement de discuter de la peste en tant qu’objet historique, mais d’en faire un terrain d’expérimentation pour une réflexion plus générale sur les recompositions contemporaines du savoir. En ce sens, la journée vise à explorer les conditions d’une interdisciplinarité qui ne se limite pas à juxtaposer les approches, mais qui engage une redéfinition des questions, des méthodes et des objets.

Consulter le programme:  20260624_Repenser la peste_Dépliant A5 web

Visualiser l’affiche: 20260624_Repenser la peste_Affiche A2A3 web